20090121auGIE Luxtram

Lettre ouverte aux responsables du GIE LUXTRAM

Avec ravissement les responsables de l’asbl RER Luxembourg ont pu découvrir votre communiqué de presse du 15 janvier 2009 à propos de leur conférence de presse du 14 janvier.

Notre ravissement provient tout d’abord du fait que moins de 24 heures après notre conférence de presse, vous vous vîtes enfin obligés d’admettre que nous existons et que le projet RER de l’ingénieur en génie civil Georges SCHUMMER existe !

Notre ravissement se nourrit ensuite du constat que, suite au pavé que nous avons jeté dans la mare, le coût officiellement admis du calamiteux projet de tram a tout de même augmenté de 268 % en une nuit. Au lieu de 8 fois, l’efficace projet RER, un projet global pour la ville et le pays, n’est – officiellement – plus que 3 fois plus cher qu’une demie-ligne du calamiteux tram. Un progrès considérable!

Mais notre enchantement s’arrête là. Pour le reste votre communiqué, rédigé en partie dans une terminologie très particulière (ex. : « [Le Concept mobil 2020] … souligne l’importance des gares périphériques qui joueront le rôle clé de nœuds pivots entre l’interurbain et l’intra-urbain sachant que c’est à leur niveau que s’opérera la jonction cruciale des flux multimodaux » . Ouf !), n’a apparemment d’autre but que de noyer le poisson, en l’occurrence une grosse baleine très difficile à submerger.

Vous suggérez que nous osons attaquer un grand projet dans lequel communierait la nation toute entière, puisque le concept mobilité 2020  – dont le tram serait « un élément clé » ( ?) - aurait été « confirmé à plusieurs reprises » par la chambre des députés et le Gouvernement. Quand exactement et dans quelles circonstances ? Cette affirmation péremptoire, d’une délicieuse imprécision, est sans nul doute destinée à faire oublier que ces derniers 15 ans un projet loufoque a chassé l’autre ( les train-trams Luxtraffic, BTB, 0+ , module K et le tram léger), le dernier étant votre actuel projet. Rappelons que la réalisation d’un de ces projets avait même déjà été décidée en bonne et due forme par la chambre avant que la direction des CFL ne criât casse-cou, en pointant les insolubles problèmes techniques de ce fantasme presque réalisé.

Face à notre exposé détaillé des frais de réalisation du « tram léger », vous ne pouviez évidemment pas vous contenter de claironner que notre estimation de 1,74 milliards pour une seule (demie-) ligne de tram ( !) serait « sans rapport avec le projet ». Vous essayez donc de vous rattraper en jetant un peu de lest. Vous avouez deux oublis parmi les plus pénibles de votre estimation initiale en admettant que l’atelier-dépôt coûterait 65 millions (82 millions TVAC) et le matériel roulant 82 millions (95 millions TVAC). Ce dernier chiffre ne couvrira en aucun cas les besoins minimaux, mais votre nouveau devis fait quand même une sacrée différence avec ce qu’on a essayé de faire gober au bon peuple.

Concernant le Pont Adolphe, bien sûr qu’il est vermoulu et doit être « réhabilité » (euphémisme indiquant qu’il doit être pratiquement reconstruit) à plus ou moins brève échéance. Pour cela, dans tous les cas, il faudra construire à côté un pont provisoire pour le trafic existant. En cas de mise en place d’un tram, il faudrait doubler le Pont Adolphe d’un second pont définitif ! Cela est résulté clairement d’un débat public (« hearing ») que le gouvernement avait organisé le 17 mars 2007au Grand Théâtre. Vu les protestations du public, le deuxième pont définitif n’étant plus réalisable, on n’a quand même pas proposé d’alternatives pour maîtriser le trafic individuel, qui selon toutes les prévisions sera encore en forte croissance.Donc le coût, au demeurant non contesté (25 millions), que nous avons mis en compte, est inévitable. Il en est de même pour le coût des solutions à imaginer pour compenser les surfaces sacrifiées au tram dans l’avenue de la Liberté.

Les installations souterraines à réaménager sur le chemin du tram, et à considérer actuellement comme « vétustes », sont tout au plus celles du tronçon de l’avenue de la Liberté sur le territoire de l’ancienne commune de Hollerich  (place de Paris - Gare), c’est à dire environ 200 m . Donc le reste constitue bel et bien un coût spécifique! Tout comme votre honoré GIE, nous ne l’avons pas chiffré ; donc il faudra l’ajouter aux 1.739.400.000,00 euros déjà additionnés.

Votre prise de position au sujet du parc d’exposition nous semble particulièrement amusante. Que ferait votre tram sans la ligne de chemin de fer Hamm-Aéroport-Luxexpo … et vice-versa  ? Votre concept de mobilité en serait sérieusement estropié ! La dispendieuse gare en cul-de-sac à la place du parc d’exposition, avec tous les coûts que cela induit, est donc une conséquence directe de votre concept !

Pour le reste vous évitez soigneusement de vous exprimer au sujet du « Pont Rouge » comme vous manquez de prendre position sur plus des deux tiers de notre tableau d’estimation.

Même si notre conférence de presse portait essentiellement sur les coûts de mise en place de l’un et l’autre concept, nous n’avons pas seulement parlé de ce coût là mais également du coût à long terme de la monumentale erreur stratégique que constitue le « tram léger ». Vous gardez le silence là-dessus, et pour cause.

En fait votre méthode consiste à mettre en avant uniquement les dépenses pour le tram devant apparaître directement dans le projet de loi qui sera soumis au vote des députés. Or, pour prendre une décision en pleine connaissance de cause, les députés devraient connaître les coûts dissimulés plus ou moins astucieusement dans d’autres projets de loi consécutifs ainsi que les pertes économiques induites, que nous avons évalué à 5,8 milliards sur 30 ans.

Nous avons parlé aussi des capacités insuffisantes du tram – au mieux égales aux bus actuels, avec une flexibilité infiniment moindre. Avec le « tram léger », votre « partage modal » de 25% est  IM-POS-SI-BLE à réaliser – et de loin. Rappelons à cet endroit, à l’intention des citoyens qui liront ces lignes, que le « partage modal » ou « modal split » indique le taux d’usage des transports en commun par rapport au trafic individuel. Rappelons aussi que les 25% sont un objectif national qui, pour avoir une chance d’être atteint, devra compter sur un taux d’usage d’ au moins 40% en ville !!!

Par contre trouvez vous apparemment amusant que tous les matins les trains déversent à la gare centrale des flots de voyageurs qui, tel un troupeau de bovins, sont poussés à travers les souterrains de la gare vers une halte des trams (pour l’instant encore sur roues à pneumatiques et sans rail, communément appelés « bus »). Il semblerait que cela vous amuse tellement que vous voulez multiplier ce spectacle à plusieurs gares « périphériques ». Avec le système RER tous ces braves navetteurs se verront obligés de descendre au plus près de leur lieu de travail, sans jouir de cette gymnastique matinale (et vespérale !). …. Les gens en question – en grande majorité des travailleurs modestes - vous diront merci !

Relevons pour mémoire que les mêmes gens qui se passionnent pour le tram étaient, il y une quinzaine d’années, partisans du « BTB », un concept un peu fantasque et irréaliste qu’on a finalement laissé tomber, mais qui avait comme point commun avec le RER qu’il voulait éviter aux usagers la perte de temps et les fatigues du transbordement.

En résumé nous maintenons bien entendu notre estimation de 1,74 milliards pour le coût du tram (bien qu’en raison des considérations ci-dessus nous ayons des raisons de la corriger à la hausse) et nous vous demandons instamment de revoir votre copie en corrigeant le tir et en prenant position sur tous les points que nous avons soulevés.

RER Luxembourg ( www.rer.lu )